Et pim, pam, pim et pam, etc. Gros poisson, ce Saul de Tarse. A gros poisson, gros filet.

Et voici qu'évoquant cet épisode, ce qui m'éblouit littéralement, c'est Saul lui-même : j'aurais déprimé, il reste debout. Mon monde s'écroule, mes certitudes sont battues en brèche, je me serais apitoyé sur moi-même de longs mois, ou des années. Saul, non. Trois jours, tout au plus. A mes yeux, c'est le sceau d'authenticité de la Rencontre de Saul et du Seigneur --j'irai modestement jusqu'à imaginer que depuis longtemps la Rencontre a commencé. Qu'est-ce qui attirait le jeune Saul au pied des habits des lapideurs d'Etienne ?

Actes 9, 1 Cependant Saul, ne respirant toujours que menaces et carnage à l'égard des disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre

Saul de Tarse chez le grand prêtre : l'esprit planait sur les os.

Actes 9, 2 et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem.

Actes 9, 3 Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l'enveloppa de sa clarté.

Lumière sur le chemin, déplacement de l'obscurité du scriptorium où les lettres furent écrites, lieu renfermé de la connaissance humaine, à la clarté sur le chemin, la route.

Actes 9, 4 Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait: "Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu" --

Chute de cheval (j'imagine toujours le cheval, pourquoi ? c'est pour tomber de plus haut), déplacement de haut en bas. Le Seigneur et sa parole, déplacement de l'ignorance à la rencontre. 

L'interpellation de Saul par le Seigneur, n'est-elle pas incroyable ? J'aurais attendu qqch comme "misérable vermisseau, comment oses-tu, toi pécheur, toucher un cheveu de mes élus !!" Rien de tout ça. Jésus rejoint Saul où il est. Il s'appelle Saul, il a la volonté ferme et droite de persécuter --il ne sait pas vraiment qui, en fait. Jésus le lui montre, c'est lui-même en personne que Saul persécute.

Il l'appelle Saoul. L'accent du coin ? Marie parla bien patois à la petite Bernadette.

Actes 9, 5 "Qui es-tu, Seigneur?" Demanda-t-il. Et lui: "Je suis Jésus que tu persécutes.

Actes 9, 6 Mais relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire."

Quel dialogue ! Ni imprécation, ni menaces. Juste une invitation à être debout, à entrer en relation, à écouter, à faire. A être vivant, quoi.

Actes 9, 7 Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur: ils entendaient bien la voix, mais sans voir personne.

Actes 9, 8 Saul se releva de terre, mais, quoiqu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas.

La cécité, déplacement de l'extérieur vers l'intime. L'accompagnement par ses collègues, déplacement de l'autonomie à la dépendance.

Actes 9, 9 Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien.

La solitude et le silence, déplacement de l'héroïsme tapageur du redresseur de torts à l'isolement du réprouvé, seul face à ses angoisses. Dépressif, Saul ? Moi, à sa place, je le serais. Pas trois jours, mais trois ans, au moins.

Actes 9, 10 Il y avait à Damas un disciple du nom d'Ananie. Le Seigneur l'appela dans une vision: "Ananie" - "Me voici, Seigneur", répondit-il. --

Actes 9, 11 "Pars, reprit le Seigneur, va dans la rue Droite et demande, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car le voilà qui prie

Dépressif, Saul ? Non, pas dépressif. Priant. Il ne comprend rien de ce qui lui arrive. Révolté ? pas plus. Priant, donc conscient que ça le dépasse, confiant en Celui qu'il a rencontré. Paul a rencontré Jésus.

La rue Droite, Judas : c'est-y signifiant ?

Actes 9, 12 et qui a vu un homme du nom d'Ananie entrer et lui imposer les mains pour lui rendre la vue."

Paul priant et le Ciel lui répondant par un songe.

Actes 9, 13 Ananie répondit: "Seigneur, j'ai entendu beaucoup de monde parler de cet homme et dire tout le mal qu'il a fait à tes saints à Jérusalem.

Actes 9, 14 Et il est ici avec pleins pouvoirs des grands prêtres pour enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom."

Actes 9, 15 Mais le Seigneur lui dit: "Va, car cet homme m'est un instrument de choix pour porter mon nom devant les nations païennes, les rois et les Israélites.

Actes 9, 16 Moi-même, en effet, je lui montrerai tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon nom."

A Ananie aussi est proposé un déplacement, ce n'est pas innocent. Le Seigneur organise la rencontre de deux personnes chacune en déplacement par rapport à elle-même. Sur ce coup, cela dit, les déplacements en question sont si importants que le Seigneur s'y rend lui-même. Un ange ? Non, lui-même, vraiment.

Actes 9, 17 Alors Ananie partit, entra dans la maison, imposa les mains à Saul et lui dit: "Saoul, mon frère, celui qui m'envoie, c'est le Seigneur, ce Jésus qui t'est apparu sur le chemin par où tu venais; et c'est afin que tu recouvres la vue et sois rempli de l'Esprit Saint."

La rencontre avec Ananias, déplacement de l'ennemi au frère. Le retour à ses pleines facultés, déplacement de la Synagogue à l'Eglise. 

Actes 9, 18 Aussitôt il lui tomba des yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. sur-le-champ il fut baptisé;

Actes 9, 19 puis il prit de la nourriture, et les forces lui revinrent. Il passa quelques jours avec les disciples à Damas,

Actes 9, 20 et aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues, proclamant qu'il est le Fils de Dieu.

Actes 9, 21 Tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits et disaient: "N'est-ce pas là celui qui, à Jérusalem, s'acharnait sur ceux qui invoquent ce nom, et n'est-il pas venu ici tout exprès pour les amener enchaînés aux grands prêtres?"

Saul était bien connu, célèbre, même. Le déplacement, c'était aussi un acte public. Paul aurait pu se dérouter. Non pas, il assume son nouvel itinéraire. J'admire. 

Actes 9, 22 Mais Saul gagnait toujours en force et confondait les Juifs de Damas en démontrant que Jésus est bien le Christ.

C'est en quelques jours un changement tel qu'il était en germe dans le Saul étudiant chez Gamaliel. J'ose faire la généralisation : la recherche de Saul sur le terreau du judaïsme de son temps l'ouvrait au Seigneur ; son désir y trouvait sa nourriture, mais pas complètement. La vitesse de son retournement me fait penser qu'il s'agit plutôt d'un saut intérieur que d'un virage. Le judaïsme avait apprêté Paul à la rencontre du Christ ressuscité. 

Pourquoi pas beaucoup d'autres conversions de la sorte ? C'est que le Seigneur a mis le paquet, de telle sorte que ce ne pouvait être tous les jours qu'une telle conversion ait eu lieu --encore que j'anthropomorphise, là.

Actes 9, 23 Au bout d'un certain temps, les Juifs se concertèrent pour le faire périr.

Actes 9, 24 Mais Saul eut vent de leur complot. On gardait même les portes de la ville jour et nuit, afin de le faire périr.

Actes 9, 25 Alors les disciples le prirent de nuit et le descendirent dans une corbeille le long de la muraille.

Actes 9, 26 Arrivé à Jérusalem, il essayait de se joindre aux disciples, mais tous en avaient peur, ne croyant pas qu'il fût vraiment disciple.

Actes 9, 27 Alors Barnabé le prit avec lui, l'amena aux apôtres et leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et avec quelle assurance il avait prêché à Damas au nom de Jésus.

Actes 9, 28 Dès lors il allait et venait avec eux dans Jérusalem, prêchant avec assurance au nom du Seigneur.

Actes 9, 29 Il s'adressait aussi aux Hellénistes et discutait avec eux; mais ceux-ci machinaient sa perte.

Actes 9, 30 L'ayant su, les frères le ramenèrent à Césarée, d'où ils le firent partir pour Tarse.

Actes 9, 31 Cependant les Eglises jouissaient de la paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie; elles s'édifiaient et vivaient dans la crainte du Seigneur, et elles étaient comblées de la consolation du Saint Esprit.