Ce soir je m'arrête à moto à l'heure de vêpres, sur le chemin d'une usine où l'on m'attend le lendemain matin.

Frère François de Paule à la Porterie, surpris et heureux de me voir. Souvenirs très vifs d'il y a 36 ans, lors de nos premières rencontres.

Choc à l'entrée de l'église, toujours la même, la perspective du long déambulatoire m'émerveille comme au premier jour.

Les frères chantent vêpres. 17 frères (vieux à l'exception d'une paire) qui chantent comme l'on parle. J'ai l'impression d'un manque de vie. La Grâce y est, je veux le croire, mais où est l'Homme ?

A la fin de l'office, j'embrasse Fr. André. Et puis P. Robert et P. François d'Assise. Leur surprise et leur joie de me voir me fait monter les larmes aux yeux. Je pleure aussi de les voir si vieux : Seigneur, comment peuvent-ils mourir, ces hommes-là ? Ils m'ont aimé, je les aime, je suis leur fils, pourquoi faut-il qu'ils s'en aillent ?

Je fais le tour de l'église, je cherche des yeux le tabouret de prière que j'avais fait d'un bout de palette, si pratique, il n'est plus là depuis longtemps, déjà à ma visite précédente. Je m'arrête devant le tabernacle et pleure encore sur la vieillesse de mes pères.

Au sortir de l'église, je m'arrête à la Porterie échanger des nouvelles avec Fr. François de Paule. Humour sur soi, amitié réelle et distance affective, un mélange qui m'étonne encore.

Je reprends la moto. Un coucher de soleil splendide, le bas des nuages léchés de lumière orange.

Je laisse la Trappe derrière moi. Je vais vers moi-même. Lech lecha.