Amici, 

je vous soumets ci-dessous ma lecture de l'Evangile de la femme adultère, 
comme je serais heureux que vous l'enrichissiez de vos réactions, de vos pensées, de vos méditations !
Allez-y de vos commentaires directement dans le texte, j'ai hâte de vous lire.
Aucune exactitude historique ne trouverez dans mes réflexions, juste le produit d'une visite des lieux, d'une immersion dans la scène en imagination, en tâchant de lire attentivement le texte, comme au temps des dames-caté que nous fûmes et sommes encore pour certains.
Immergez-vous dans la scène vous aussi et partagez ce que vous y trouvez !
La femme adultère, Jean Chapitre 8, versets 1 à 11
Traduction Louis Segond, revue 1975 (quelques modifications de ma main).
V1. Jésus se rendit à la montagne des Oliviers.
C’était au cours de la fête des Tentes, selon les indices que je vois aux versets 7.10 et 7.14. Avaient-ils dressé des tentes au Mont des Oliviers ? Possible. C’est peut-être pour ça que Jésus y résidait – sans quoi, il eût trouvé quelque paroissien hospitalier dans la Ville, ou proche.
V2. Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S’étant assis, il les enseignait.
Jésus enseignant assis. Pas beaucoup de monde autour de lui, je présume – pas simple de se faire entendre en extérieur en étant assis. Ou bien, il est assis en contre-haut, sur une pierre ou une margelle, ou encore une marche d’escalier. D’après le verset 6, je pense que Jésus est en fait au niveau du sol. Peu de monde autour de lui. Il est peut-être tôt le matin. Tout le peuple, pour moi, ça fait environ vingt personnes, des lève-tôt. Le soleil est encore bas, l’air est frais, les bonnes odeurs des corps tout juste douchés.
V3. Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère ;
Plus tôt le matin même, elle fut surprise. Elle s’est rhabillée –scribes et pharisiens se risqueraient-ils à promener une femme nue dans l’enceinte du Temple, alors qu’il n’est pas question d’y lapider qui que ce soit ? C’est en dehors de la ville que les mises à mort se produisent, s’il s’en produit.
Combien de scribes et de pharisiens ? Je vois cinq personnes, deux de chaque côté de la pauvre femme, un meneur et deux derrière, il y en a déjà plus que nécessaire pour un éventuel témoignage à charge.
V4. Et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
Le peuple est pris à témoin. Ou plutôt, les scribes et les pharisiens, opportunistes, bousculent leur monde pour placer leur problème au centre de l’attention de Jésus. Le peuple laisse faire. Il réagira, plus loin dans le récit.
Je vois quatre personnages dans cette scène : (1) Jésus et (2) la femme, ainsi que (3) le groupe des scribes et pharisiens et (4) le peuple qui écoutait Jésus.
Ainsi, il me semble, les scribes et les pharisiens ont de l’estime pour Jésus, pour son jugement. Ils voient Jésus comme un rabbi humain, profondément humain. Drame intime que celui de l’adultère, drame familial. Il est question d’un homme et d’une femme, d’amour et de passion, de luxure et de péché, de cœur et de corps. Ils se disent que Jésus a une parole digne d’être écoutée sur ce cas.
V5. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?
Longtemps j’ai cru voir une foule en furie prête à rendre justice, avide de perpétrer la lapidation. Pourtant au vu des détails de la scène, ça ne tient plus. Par exemple, le lieu. Et puis, les scribes et les pharisiens utilisent le pluriel : ‘lapider de telles femmes’, plutôt que ‘lapider cette femme-là’. La condamnation n’a pas eu lieu, ils ne l’ont pas encore condamnée, elle. C’est comme s’ils disaient : les textes disent ceci, et nous, nous devons nous prononcer – nous ne pouvons pas ne pas nous prononcer. Et (je le devine) nous sommes bien ennuyés.
Les scribes et pharisiens ne savent plus trop sur quel pied danser avec la Loi : doit-on l’appliquer dans toute sa sévérité ? difficile de lapider tous ceux que la Loi condamne à périr ainsi, les fils rebelles (comme tu disais, Vincent), etc. Doit-on interpréter la Loi, et alors avec quelle autorité ? Les pharisiens sont peu portés sur l’autorité des Lévites, et celle de la Loi, à ses extrémités, leur fait peur. Ils ont une femme sur les bras, qu’en faire ? L’absoudre ? la condamner ? Et à quoi, alors ?
Je vois d’autres gens bien ennuyés par la situation : le ‘peuple’, qui préfèrerait continuer d’écouter Jésus.
V6. Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser.
Ils sont dans un dilemme, ils invitent Jésus à les y rejoindre. Tout le monde autour de Jésus a bien compris de quel dilemme il s’agit. Notez bien, aucun commentaire ne filtrera lors du procès de Jésus. J’y vois un signe que Jésus a résolu le cas à la satisfaction de tous, pour ne pas dire pour leur plus grande admiration.
V6’. Mais Jésus, s’étant abaissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
Jésus n’était pas en contre-haut, il était au niveau du pavé. Sans quoi l’Evangéliste aurait noté : Jésus descend de l’estrade et, s’étant abaissé, etc. Jésus était déjà au ras des pâquerettes, avec le peuple, avec nous.
Non, le problème de la punition de la femme adultère n’est pas au centre des préoccupations de Jésus. Il est interrompu et se laisse interrompre. Un problème fait irruption, eh bien, soit. C’est un cas de conscience, aussi, et Jésus prend son temps. Rien de magique dans son attitude, il cherche sa réponse, c’est naturel. Si magie il y a, c’est dans le calme dont il fait preuve – l’Evangéliste sait nous dire l’émotion de Jésus et là, rien, sinon que Jésus se fait plus proche du sol qu’il n’était et écrit sur la terre.
Qu’écrit-il ? Évidemment, j’aimerais bien savoir. J’imagine qu’il s’agit d’un verset de l’Ecriture. Ce pourrait être « Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera ? » (Psaume De Profundis), comme le suggère un internaute à mon avis inspiré.
En tous cas, ce que Jésus écrit n’a pas d’importance pour l’Evangéliste ni pour les protagonistes de la scène. Sont-ils inattentifs à ce qu’il écrit parce que ça ne compte pas, ou bien parce que c’est connu (comme ce verset du psautier) ? Ou encore, c’est parce qu’ils attendent la parole du rabbi, la sienne : oui, sa parole, ses ipsa verba, l’irremplaçable Verbe. Décidément, ils ont la plus grande opinion de Jésus. Je crois qu’ils ont compris à qui ils avaient affaire.
Si le texte écrit n’a pas d’importance pour l’Evangéliste, ni pour les lecteurs auxquels il destine son Evangile, l’Evangéliste précise « avec le doigt » et « sur la terre ». Toucher du doigt la terre que nous autres touchons du pied seulement. D’abord, je suis surpris : y avait-il de la terre au temple ? J’imaginais que c’était tout dallé. Admettons la terre.
Le doigt qui montre la terre. Le doigt qui caresse la terre. Le doigt qui modifie la terre, qui la change. Le doigt qui fait que la terre porte un sens de l’écriture. Le doigt qui se confronte à la terre. Le doigt qui se confie à la terre. Le doigt qui se relie à la terre.
J’y vois la Création d’Adam ; j’y vois que Jésus se connecte à la Terre, j’y vois son rappel que nous sommes terrestres, mortels, créatures parmi les créatures et qu’il ne reste rien de nous, pas plus qu’il ne reste de ce Jésus a écrit ce jour-là.
V7. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
J’entends : « que celui qui n’est pas glébeux comme elle la rejette ».
V8. Et, s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.
Jésus se renvoie à lui-même, à la terre.
Jésus renvoie les protagonistes à eux-mêmes, en confiance : ‘Ce que je vous dis, vous pouvez l’entendre, faites maintenant pour le mieux’. Décidément, Jésus a la plus grande opinion de ces personnes, des scribes, des pharisiens et du peuple. Et de la femme, au milieu d’eux, femme qui se tient coite – c’est ce qu’elle a de mieux à faire. L’Evangéliste n’a pas un regard pour elle. Pour Jésus comme pour lui, cette femme n’est pas au centre de leurs préoccupations.
V9. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers ;
Clairement, ils ne voulaient pas la lapider, la pauvre femme. Ce n’est pas cette parole de Jésus qui aurait pu arrêter des bras vengeurs enivrés par l’imminence de la mort violente. Non. Plutôt, ils attendaient cette parole de toutes leurs oreilles, car eux-mêmes étaient dans le dilemme, dans le doute.
Tous sont partis, les scribes et les pharisiens, certes, mais aussi le peuple qui écoutait Jésus jusque-là. Cet épisode les a tous mis en mouvement. Les voici tous en chemin, Dieu sait vers où, ils repartent, chacun vers sa vie quotidienne. C’est ce qu’avait fait le bon Samaritain, lui aussi avait repris le cours de son existence. Ils tournent le dos à Jésus et à la femme, et Jésus n’en a cure, son propos n’est pas de nous tourner vers lui, mais de nous envoyer sur nos propres chemins  – et la femme en est soulagée, son désir est de vivre et retourner à son quotidien, aussi discrète que possible, depuis que l’épisode lui a donné une publicité embarrassante.
Et ces gens rayonnent d’un centre où Jésus se trouve avec la femme. Vue d’en haut, comme d'un drone qui filmerait, cette scène me saisit. C’est pour moi un signe d’authenticité de la rencontre avec Jésus : loin de m’accrocher aux basques de Jésus, je retourne au monde, transformé.
V9’. et Jésus resta seul avec la femme qui était là, au milieu.
Le couple Jésus – femme adultère existe bel et bien, sous nos yeux, sur l’esplanade du Temple. Moi aussi, j’aurais bien aimé rester seul avec Jésus un moment.
Aucune se-duction chez Jésus (se ducere : séduire, amener à soi) : il n’attire personne à lui pour l’y enferrer. Aucun scandale chez lui qui reste seul avec une femme, aucun problème pour une femme qui reste seule avec lui. Pour lui, la femme est un homme comme un autre (ah, ah !).
V10. Alors, s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a condamnée ?
V11. Elle répondit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas ; va, et ne pèche plus.
Soustraite violemment à une relation torride avec un homme, cette femme découvre une relation encore plus proche avec un autre homme. Avec le premier homme, c’est une rencontre des corps ; avec le second, Jésus, il est question de mort et de vie, de jugement et de non-condamnation.
Je suis surpris du rapport au temps qu’a Jésus. Tout se joue en quelques intenses minutes. C’est ça aussi, la Grâce, une question d’instant. Jésus n’a pas pris le temps d’examiner la femme, de l’interroger, non, ça n’était pas le propos de toutes façons. C’eût pu être toute autre délinquant passible de lapidation. Le propos était : la Loi, qu’en faire ? Jésus répond : et la Terre ? et les glébeux que nous sommes, qu’en faire ?
V12. Jésus leur parla de nouveau et dit : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.
L’après-midi, les mêmes sont revenus, peut-être avec des camarades auxquels ils s’étaient confiés.
Jésus lumière du monde pour marcher, oui, pour marcher, pas pour rester agglutiné entre nous autour de lui. Et pour vivre ! CQFD.
La suite du texte (jusqu’au verset 20, qui fait inclusion avec le verset 2) m’inspire que, décidément, cet épisode a pour l’Evangéliste une portée au-delà de l’anecdote.
Commentaire du Père D., s.j.
J'ai apprécié le commentaire... Je vois que vous occupez bien vos soirée!!!!!
J'ajouterai: Jésus ne critique pas leur loi, ce qui est très fort de sa part compte-tenu de la suite des réactions de ces messieurs. Vous devez la lapider, allez-y mais nous allons procéder avec ordre, "que celui....", et nous connaissons la suite... je trouve cette attitude de Jésus très forte. Si bien que les autres sont pris à leur propre piège et ne disent rien... Jésus en dessinant par terre ne les fixe pas donc n'entraîne aucune polémique. J'apprécie le tête à tête avec la femme. Toujours la même délicatesse. Où sont-ils ceux qui t'ont condamnée????
Bon travail!