Fais monter ton fils sur la montagne que je te montrerai.

Ah oui, Tu n'oses pas le dire crûment, mais je sais bien ce que Tu me demandes. Comme aux autres parents avant moi, Tu me demandes de T'offrir mon fils en sacrifice.

Tu es choqué, tu es bloqué, tu es fermé. Je respecte cela. Va ton chemin, je te retrouve plus tard.

...

Oui, j'étais choqué, bloqué, fermé. J'étais sens dessus-dessous en moi-même toute la montée, toute la préparation de l'autel, je n'ai rien vu que le bois, rien senti que la lame, tout dégoûté de moi-même, tout furieux contre Toi, contre le monde, contre la règle.

J'ai respecté cela. Tu es allé ton chemin, je t'ai retrouvé au moment où tu as laissé s'ouvrir ton coeur, au climax de l'action, à ton hésitation.

Y a-t-il un Dieu ? me disais-je.

Oui, ce fut un moment de vérité où tu as trouvé ta place dans le monde.

Mais alors, Ta parole ?

Oui, ma parole ?

Celle que j'ai entendue...

Oui, c'est bien elle que tu as entendu, et tu as entendu bien d'autres choses dans cette parole, des choses du monde qui ne sont pas de moi.

Alors, qu'aurais-je dû dire ? "Que veux-Tu dire ?"

Oui, tu aurais pu me demander "que veux-Tu dire ?". Tu peux me demander, tout le temps, ce que je veux dire. Prends, lis, écoute, écoute vraiment ce qui est dit, entends ce qui ne l'est pas.

Pouvais-je entendre ce que Tu m'as dit sans marcher vers Moriah ? 

Ce fut ton chemin, et je t'ai accompagné. Et tu as ouvert ton coeur, et j'étais là et j'ai pris ta main. 

Prends ma main, Seigneur, prends ma main.

Je serai avec toi tous les jours de ta vie, Abraham.