Mon cher Quentin, merci pour ces précisions.

Je note avec résignation que la boîte de jazz défaille quant aux prestations organoleptiques.

Avec résignation ? Non, pas tout à fait ! Tant est important cet aspect aux yeux de nous tous que j'ai réfléchi à une façon de procéder originale, efficace, peu coûteuse et réaliste : le medley.

Je m'explique.

Je viens de relire l'intégrale de nos partitions dans l'ordre du concert et ça m'a pris 35 minutes montre en main.

Aussi proposé-je que nous adoptions samedi soir l'option medley, à savoir enchaîner sans pause nos partitions partie 1 + partie 2.

Comme vous le devinez, il y a de multiples avantages :

  • une salve d'applaudissements unique, qui épargne les mains arthritiques des vieillards cacochymes seuls attirés au Sounds par nos organes,
  • 37 minutes d'éclairage de la scène au lieu de 2h30, soit une réduction de 75,33% de la facture d'électricité,
  • l'audience bénéficiera d'une digestion plus sûre des piètres mets servis du fait d'une ingestion moins fractionnée qu'à l'accoutumée.

Conscient que ceci ne règle pas le problème de nourriture pour nous autres, voici la pièce manquante optimisant définitivement le scénario : il s'agit que nous nous rassemblions à Villers-Hélon près de Soissons, le barycentre exact de nos demeures respectives. Pour une fois, nous serions tous à poste à assister Dorothée dans ses oeuvres, nous nous régalerions comme à Vitry sur Seine et nous connecterions à la boîte de jazz par téléphone pour 35 minutes d'une inoubliable prestation ! De plus,

  • nous ne serions pas dérangés par ces goujats qui osent platusser la bouche pleine alors que nous sommes au climax de notre harmonie,
  • la balance des micros serait entièrement dynamique, les solistes se rapprochant du téléphone aux moments idoines,
  • les frais de déplacement seraient équilibrés entre nous,
  • le tenancier de Sounds, ébloui par notre avant-gardisme, se doterait de l'outil électronique et nous verserait nos honoraires par wire-transfert.

Je gage que Quentin hésite à ce point de sa lecture : où sont les femmes ? Que sont les faunesses devenues, quid des pâmoisons que notre vue suscite auprès du beau sexe ? J'ai pensé à cette objection et suggère ce qui suit, effaçant la difficulté d'un trait de génie : remplaçons notre présence réelle par une présence cathodique, ou, moins onéreux, par un poster au format généreux. Ainsi :

  • les rondeurs de Rémi pourront être avantageusement gommées ou mises en valeur, c'est selon, par des logiciels spécialisés,
  • les occasions de chute seraient oblitérées par la distance entre certain batteur aux rythmes ensorcelants et ces accortes succubes aux formes sculpturales,
  • le thénardier de la boîte de jazz, à l'affût d'un événement générateur de buzz, pourrait nous tenir informé des allers et venues des secours par le même téléphone qui nous sert à répandre les ondes sanctificatrices du Gospel dans son établissement dangereusement exposé au stupre et à la luxure mais proche des hôpitaux et de leurs services d'urgences où pullulent jacasses et brins de causette.

J'espère vous faire cette proposition assez tôt pour que nous puissions organiser une minute de réflexion collective avant que vous n'engagiez la folle dépense de vos billets de train pour la capitale Groslidaise.

Incertain de votre assentiment, je demande votre confirmation avant d'en parler à ma Belle.

Amicalement à toutes et à tous,

Le ténor 1.